En 1935, Cassandre formule, sa théorie : «
L’affiche exige du peintre un complet renoncement. Il ne peut
s’exprimer en elle ; le pourrait-il, il n’en aurait pas
le droit. La peinture est un but en soi. L’affiche n’est
qu’un moyen de communication entre les commerçants et
le public, quelque chose comme le télégraphe. L’affichiste
joue le rôle du télégraphiste : il n’émet
pas de messages, il les transmet. On ne lui demande pas son avis,
on lui demande d’établir une communication claire, puissante,
précise. Sans doute s’agit-il d’un message plastique.
Mais si l’affichiste emploie les moyens du peintre, ils cessent
d’être pour lui moyens d’expression individuelle,
pour devenir langage anonyme, une sorte de code international, l’alphabet
Morse du télégraphiste. »
Une affiche doit porter en elle la solution de trois problèmes
:
Optique – Une affiche est faite pour être
vue (…) Cette visibilité dépend, non d’un
simple contraste de couleurs, mais bien d’un rapport de valeurs,
exalté par un choc de formes, un accident formel.
Graphique – On n’a pas jalonné
les voies de chemin de fer de pancartes portant les mots « veuillez
vous arrêter SVP ». On a judicieusement préféré
des signaux colorés, sortes d’idéogrammes infiniment
plus expressifs et d’une lecture plus rapide. L’affiche
qui doit parler vite a choisi le même langage : l’image,
véhicule même de la pensée.
Poétique – Il lui faudra provoquer chez
le spectateur bien plus qu’une sensation visuelle fugitive,
une émotion consciente ou inconsciente, en tout cas obsédante.
On ne lui demande pas de se faire aimer ni comprendre, seulement de
se faire subir. Elle est à la peinture ce que le viol est à
l’amour. » |
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